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Quand les chiens accompagnent les premiers agriculteurs à travers l’Europe : un lien indéfectible il y a déjà plusieurs milliers d’années

par Myriam Méziou - publié le

Quand les premiers agriculteurs-éleveurs ont migré à travers l’Europe, il y a plus de 7 000 ans, ils n’étaient pas tout seuls. Ils ont aussi emmené leur animal de compagnie préféré, le chien.

Une étude internationale publiée dans la revue Biology Letters, menée par des chercheurs de l’École Normale Supérieure de Lyon, du Muséum National d’Histoire Naturelle, de l’Université de Rennes 1 et de l’Université d’Oxford (1) montre qu’il y a 7500 à 9000 ans, les chiens ont accompagné les populations humaines pendant plusieurs millénaires au cours de la transition néolithique et de son expansion depuis le Proche-Orient, jusqu’au Nord et l’Ouest de l’Europe. L’étude indique également que les chiens issus du Proche-Orient ont remplacé petit à petit, au cours du néolithique, les populations européennes de chiens associées aux chasseurs-cueilleurs et domestiquées depuis plus de 15 000 ans.

Chiens et hommes ont-ils une histoire commune, à quel point leurs destins sont-ils liés ? C’est une partie de ce mystère que tente de percer une étude de paléogénétique menée à partir de l’ADN mitochondrial extrait de 99 restes archéologiques de chiens.

Crâne et mandibule d'un chien du site de Bercy
Crâne et mandibule d’un chien du site de Bercy
©J.-C. Domenech - Musée de l'Homme

Le Néolithique est une révolution culturelle marquée par la naissance, il y a 11000 ans au Proche-Orient, de l’économie de production (agriculture, élevage) puis par sa diffusion progressive d’Est en Ouest (il y a entre 9000 et 6000 ans) à travers l’Europe. Cette étude retrace les grands axes empruntés par les populations de chiens pendant cette période et indique que, tout comme le mouton, la chèvre, le cochon, le bœuf ou les plantes cultivées (blé, orge, pois, fèves et lentilles) les chiens ont accompagné les agriculteurs originaires du Proche-Orient au cours de leur migration plurimillénaire à travers l’Europe.

Les études génétiques sur l’ADN ancien sont en train de révolutionner nos connaissances et notre compréhension de l’histoire des populations anciennes (2). Ici l’analyse de l’ADN ancien de 99 chiens montre qu’avant le néolithique, en Europe (> il y a 15000 à 6000 ans selon les régions), tous les chiens, domestiqués par les chasseurs-cueilleurs font partie du même groupe génétique (haplogroupe C). Au cours du temps et en parallèle à la néolithisation de l’Europe, un nouveau groupe génétique originaire du Proche Orient apparaît (haplogroupe D). Ces résultats suggèrent la lente progression des chiens depuis le Proche-Orient, vers l’Europe du Sud-Est dès le début du néolithique européen il y a 9000 ans environ), puis montre leur expansion vers l’Europe centrale il y a 7500 ans) pour enfin atteindre l’Europe du Nord et de l’Ouest il y a 6000 ans environ.

Cependant, les chiens modernes que nous connaissons aujourd’hui possèdent majoritairement une toute autre signature génétique (haplogroupe A). L’étude précise que cette lignée, pourrait avoir été introduite en Europe après la fin du néolithique, notamment lors des migrations humaines depuis la steppe pontique-caspienne, qui s’étend de l’estuaire du Danube aux montagnes de l’Oural, et qui ont joué un rôle crucial dans l’histoire de l’Europe et de l’Asie (diffusion du cheval, de la métallurgie, du millet…).

La sélection préférentielle des populations de chiens issues des groupes D puis A est encore énigmatique et fera l’objet d’investigations. L’histoire des hommes et des chiens est intimement liée depuis plus de 15,000 ans (3), gageons que l’étude de leur ADN ancien permettra de mieux tracer leurs origines, leurs migrations et leur évolution !

Référence :
Dogs accompanied humans during the Neolithic expansion into Europe. Morgane Ollivier, Anne Tresset, Laurent A. F. Frantz, Stéphanie Bréhard, Adrian Balasescu, Marjan Mashkour, Adina Boronean, Maud Pionnier-Capitan , Ophélie Lebrasseur , Rose-Marie Arbogast,Laszlo Bartosiewicz, Karyne Debue, Rivka Rabinovich, Mikhail V. Sablin, Greger Larson, Catherine Hanni, Christophe Hitte, Jean-Denis Vigne. Biology Letters 20180286

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