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Le génome préhistorique de la chèvre révèle une domestication en mosaïque dans le Croissant Fertile

par Myriam Méziou - publié le , mis à jour le

La chèvre est parmi les plus anciennes espèces d’ongulés domestiquées au monde, il y a 10,500 ans au Proche- et au Moyen-Orient. Elle fut ainsi l’une des premières sources de lait et de produits laitiers dans l’alimentation des humains adultes.
Jusqu’ici, les données archéologiques et génétiques disponibles pour reconstruire le début de son processus de domestication étaient ambiguës. On se demandait en particulier si la domestication des caprins résultait d’un évènement unique dans une région bien précise, où bien de différents évènements dans plusieurs endroits, dans un intervalle de temps resserré.
C’est grâce aux stupéfiantes avancées technologiques de la biologie moléculaire permettant de reconstruire les génomes d’animaux disparus à partir de l’ADN récupéré d’ossements fossiles, que vient d’émerger la réponse à cette question, grâce à une étude menée conjointement par les paléogénéticiens du Smurfit Institute of Genetics du Trinity College de Dublin (Irlande), les archéozoologues du CNRS et du MNHN et les généticiens du CNRS et de l’Université Grenoble Alpes en étroite collaboration, entre autres, avec le Musée National d’Iran et financé par le projet ERC CodeX. Des données génomiques ont été produites pour 83 chèvres préhistoriques du Proche- et du Moyen-Orient (dont 51 avec des génomes complets) ayant vécu entre la fin des temps glaciaires et le Moyen Âge. Les résultats démontrent que plusieurs souches de chèvres préhistoriques sauvages (chèvre à bézoar ou chèvre aegagre) ont été domestiquées au cours d’un processus complexe impliquant plusieurs régions distinctes. Ainsi, au Néolithique, il existait au moins trois lignées domestiquées d’origines différentes, une au Levant sud, une en Anatolie et une sur le Plateau iranien. Cette découverte fait écho à la divergence, au même moment, des populations humaines de la région, démontrée par une autre recherche menée par les archéozoologues du CNRS/MNHN, et publiée dans le même prestigieux périodique, il y a 18 mois (Broushaki et al 2016 Science). Les premières populations de chèvres contribuèrent différemment aux populations modernes d’Asie, d’Afrique et d’Europe. L’analyse des séquences d’ADN ancien révèle aussi qu’il y a 8000 ans les agro-pasteurs du Proche- et Moyen-Orient ont contribué à modeler le génome de la chèvre, partenaire inséparable de l’homme, par des sélections portant sur la couleur du poil, sur la stature, sur la productivité laitière, sur la réponse au stress alimentaire et sur les capacités de reproduction.

(1) Les laboratoires français ayant participé à ces travaux :
- Laboratoire « Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements » (CNRS/MNHN)
- Laboratoire d’Ecologie Alpine (Univ. Grenoble Alpes/Univ. Savoie Mont-Blanc/CNRS)

Références : Ancient goat genomes reveal mosaic domestication in the Fertile Crescent.

Kevin G. Daly1†, Pierpaolo Maisano Delser1,2†, Victoria E. Mullin1,27, Amelie Scheu1,3, Valeria Mattiangeli1, Matthew D. Teasdale1,4, Andrew J. Hare1, Joachim Burger3, Marta Pereira Verdugo1, Matthew J. Collins4,5, Ron Kehati6, Cevdet Merih Erek7, Guy Bar-Oz8, François Pompanon9, Tristan Cumer9, Canan Çakırlar10, Azadeh Fatemeh Mohaseb11,12, Delphine Decruyenaere11, Hossein Davoudi13,14, Özlem Çevik15, Gary Rollefson16, Jean-Denis Vigne11, Roya Khazaeli12, Homa Fathi12, Sanaz Beizaee Doost12, Roghayeh Rahimi Sorkhani17, Ali Akbar Vahdati18, Eberhard W. Sauer19, Hossein Azizi Kharanaghi20, Sepideh Maziar21, Boris Gasparian22, Ron Pinhasi23, Louise Martin24, David Orton4, Benjamin S. Arbuckle25, Norbert Benecke26, Andrea Manica2, Liora Kolska Horwitz6, Marjan Mashkour11,12,14, Daniel G. Bradley1

Science 06 Jul 2018 :
Vol. 361, Issue 6397, pp. 85-88
DOI : 10.1126/science.aas9411

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