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Equipe "Biodiversités, anthropisation des écosystèmes et sociétés du Tardiglaciaire à l’Holocène"

by Anne Tresset - published on , updated on

Responsable Anne Tresset

L’équipe "Biodiversités, anthropisation des écosystèmes et sociétés du Tardiglaciaire à l’Holocène » (BEASTH) regroupe des chercheurs travaillant sur les derniers chasseurs-collecteurs et les premiers paysans dans les régions où l’agriculture et l’élevage ont été acquis par contact avec des sociétés déjà néolithiques. Ses travaux se situent essentiellement dans le domaine européen même si les problématiques sur l’insularité sont également développées dans d’autres contextes géographiques, dans une perspective comparative à grande échelle. L’équipe BEASTH s’intéresse plus spécifiquement à des processus de diffusion et d’adaptation à de nouveaux environnements des taxons domestiques et des cortèges qui les accompagnent, ainsi qu’à la transformation de leurs techniques d’exploitation. Elle a donc pour objet les déclinaisons biologiques et techno-culturelles des civilisations néolithiques jusqu’aux marges de leur diffusion. En lien avec cette ligne directrice initiale et grâce à l’arrivée de nouveaux chercheurs dans le groupe, l’équipe a récemment enrichi ses thématiques de recherche en s’engageant notamment avec force sur la reconstitution des dynamiques d’exploitation et de transformation des milieux naturels au cours du Néolithique européen.

Axe 1 - Dynamique des environnements tardiglaciaires et holocènes ; biogéographie évolutive

La recolonisation post-glaciaire de l’Europe : aspects phylogéographiques, dynamique des interactions faunes/flores.

Au cours des épisodes de réchauffement du Tardiglaciaire (notamment l’Alleröd), puis plus largement avec le début de l’Holocène, un grand nombre d’espèces végétales et animales ont recolonisé l’Europe tempérée à partir de zones refuges essentiellement situées dans des régions plus méridionales. A quel rythme et selon quelles routes ? De nombreux scénarios ont été proposés ces vingt dernières années sur la base de travaux de phylogéographie moléculaire. Ceux-ci demandent cependant à être mis à l’épreuve des données factuelles issues de l’archéozoologie et de l’archéobotanique. Plus récemment, de nombreux travaux moléculaires se sont également attelés à rechercher d’éventuelles zones refuges en dehors des régions méridionales, identifiées depuis longtemps comme refuges glaciaires à la fois par les données bioarchéologiques et moléculaires. Ici encore, les hypothèses demandent néanmoins à être testées sur la base des données archéologiques. La multiplication en Europe, ces dernières années, des initiatives de collecte et de critique des données bioarchéologiques sous forme de bases de données relationnelles offre des opportunités uniques de développer cette thématique dans notre unité, où elle est présente de longue date. L’hébergement au Muséum de la base nationale I2AF, dans la construction de laquelle notre unité a été très impliquée, sera un grand avantage dans cette démarche.

Transformation des espaces naturels européens au cours de l’Holocène : forçages climatiques et anthropiques.

Les bouleversements climatiques de la fin du Pléistocène et du début de l’Holocène ont induit une profonde recomposition des cortèges végétaux et animaux européens. Au cours de l’Holocène, un autre type de forçage a cependant vu le jour, avec la mise en place des premières sociétés agro-pastorales : le facteur anthropique, devenu dès le Néolithique un élément déterminant de la dynamique des cortèges animaux et végétaux et de leur interaction. Ainsi, dès le Néolithique est amorcé la formation des environnements naturels que nous connaissons. Assez peu développée dans notre unité jusqu’ici, la caractérisation de ces dynamiques de transformation des espaces naturels le sera au sein de l’équipe lors du prochain mandat, grâce notamment à l’implication importante d’archéobotanistes arrivés dans notre unité au cours du mandat qui s’achève.

Histoire des invasions biologiques anthropogènes en Europe : les taxons domestiques, les commensaux et les adventices ; rythmes de diffusion et mécanismes adaptatifs.

Un des corolaires des déséquilibres environnementaux induits par les forçages climatiques et humains holocènes est la facilitation de l’implantation de taxons invasifs véhiculés par l’homme volontairement ou involontairement. Apparus dès le Néolithique en Europe, ces derniers sont des animaux ou des plantes domestiques, des commensaux ou des adventices, ou encore de unicellulaires pathogènes ou non. L’histoire de leurs trajectoires spatio-temporelles a été de longue date un des thèmes majeurs de recherche au sein de notre unité pour ce qui concerne les taxons animaux. Tout en poursuivant cet axe de recherche particulièrement riche au sein du groupe en ce qui concerne l’Europe, en développant notamment une interface importante avec les approches phylogéographiques moléculaires, nous souhaitons l’étendre aux taxons végétaux. Nous souhaitons également explorer des aspects plus fonctionnels de l’histoire des taxons invasifs en Europe, notamment ceux ayant trait à leurs capacités d’adaptation à de nouveaux milieux (en termes physiologiques, anatomiques, éthologiques). Ces aspects seront développés en collaboration avec les sciences de l’évolution et l’écologie fonctionnelle.

Renouvellement des cortèges animaux et végétaux en contextes insulaires : multiplicité des scénarios, unicité des processus ?

L’arrivée de taxons exogènes introduits par l’homme a un effet particulièrement marqué en contexte insulaire, où elle mène bien souvent à l’extinction des taxons indigènes. Les remplacements de cortèges de vertébrés en contexte insulaire – par ailleurs largement théorisés dans le domaine de la biogéographie évolutive - ont été abondamment documentés par notre unité, dans diverses régions : la Méditerranée, les Antilles et plus récemment la façade Atlantique de l’Europe. Tout en étendant la recherche aux taxons végétaux (par exemple à Chypre où les conditions sont réunies pour le développement d’une telle recherche autour du site d’étude en écologie globale –SEEG- « Limassol ») et à de nouveaux terrains (îles du Nord-Est de la Chine), nous souhaitons développer la réflexion sur deux aspects : la mise en évidence des premiers effets de l’insularisation sur les organismes végétaux et animaux en travaillant sur des enregistrements bio-archéologiques provenant d’îles en cours de formation ou récemment formées ; et la compréhension des processus donnant un avantage adaptatif aux taxons anthropogènes face aux taxons endémiques. Ici encore, nous ferons largement appel aux collaborations avec les sciences de l’évolution et l’écologie fonctionnelle.

Axe 2 : La transition néolithique en Europe : origines, processus, conséquences

Les derniers chasseurs-cueilleurs d’Europe : des trajectoires pré-néolithiques.

Située à la marge des grands centres de domestication végétale et animale, l’Europe a été réceptrice au cours de l’Holocène d’un nouveau mode de vie élaboré ailleurs, fondé sur la production alimentaire. Mais la diffusion du « package » néolithique et les mouvements de populations agro-pastorales qui lui sont liées ne se sont pas faits dans un territoire vierge. Les groupes agro-pastoraux ont probablement été confrontés ici et là à des populations de chasseur-cueilleurs locales. De ces rencontres, et des processus qui s’en sont suivis (assimilation des chasseur-cueilleurs aux groupes néolithiques, acculturations, conflits) très peu de témoignages directs et univoques nous sont parvenus. Ouvrir cette « boîte noire » de la néolithisation qu’est la rencontre du nouveau mode de vie et de ses porteurs avec les populations autochtones est un des enjeux actuels de la recherche sur le Néolithique. Elle passe nécessairement par une meilleure connaissance des dernières sociétés mésolithiques. Il paraît notamment crucial de répondre à la question suivante : les derniers chasseurs-cueilleurs étaient-ils en équilibre avec les milieux qu’ils exploitaient ? Etaient-ils affaiblis par des phénomènes extérieurs tels qu’un forçage climatique ou environnemental naturel (événement de refroidissement de 8200 BP pour l’Europe, fragmentation territoriale liée à la transgression flandrienne, notamment pour les régions côtières du nord-ouest et du nord européen) ? Ou bien la différence de dynamique démographique entre groupes agro-pastoraux et groupes de chasseurs-cueilleurs explique-t-elle à elle seule la relative rapidité avec laquelle le « package » néolithique et le mode de vie qui lui est associé se sont répandus?

La domestication et diffusion du chien, phénomène à part ou préfiguration des domestications néolithiques ? Confrontation de scénarios régionaux.

Domestiqué à la fin des temps glaciaires en diverses parties du monde, le chien a constitué la première expérience de domestication de l’humanité. Les domestications paléolithiques de cette espèce ont-elles constitué autant de prototypes des domestications animales ultérieures – notamment celles des ongulés, qui fonderont en partie le mode de vie puis le moteur de l’expansion néolithique ? La domestication des carnivores et celle des ongulés sont-elles si différentes dans les mécanismes éthophysiologiques qu’elles mettent en œuvre que l’une ne peut-être perçue comme un écho, même lointain, de l’autre ? Ou encore, les cadres sociétaux et historiques qui les ont vues naître sont-ils si différents qu’ils rendent tout rapprochement artificiel ? Répondre à toutes ces questions nécessitera une comparaison étroite et point à point des différents processus de domestication – du chien et des ongulés - qui se fera nécessairement en collaboration avec le groupe SAPAA, qui étudie plus spécifiquement la naissance de l’élevage dans l’Ancien Monde, en particulier dans sa zone nucléaire.

Rythmes d’adoption de l’élevage et de l’agriculture en Europe : les marges comme source d’information sur un processus centrifuge – le Néolithique.

Comme nous l’avons évoqué plus haut, l’Europe est située à la marge des centres de domestication de l’Ancien Monde. Le mode de vie néolithique n’y a pas émergé, mais y a été diffusé avec la plupart des taxons domestique, entre le 7e et le 3e millénaire av. J.-C.. Les routes et les rythmes de diffusion des différentes espèces domestiques et des techniques d’élevage et d’agriculture qui les accompagnent ont été largement documentés par notre groupe au cours du mandat qui s’achève en ce qui concerne les animaux. Ils restent largement à documenter pour les plantes. Cette thématique est susceptible d’apporter non seulement des éléments factuels à l’histoire de la diffusion néolithique dans les régions étudiées, mais également de nourrir, à plus large échelle, une réflexion sur les capacités d’expansion des systèmes agro-pastoraux néolithiques et leurs possibilités d’adaptation à de nouveaux milieux, caractérisés par des contraintes climatiques et environnementales autres que celles qui ont entouré la naissance de l’agriculture et de l’élevage.

Un mode de vie à la conquête du monde : l’héritage moderne des premiers paysans.

Prenant appuis sur nos acquis et sur ce que nous développerons dans les années qui viennent, nous souhaiterions initier en collaboration avec SAPAA et d’autres groupes travaillant sur l’adoption de l’agriculture et de l’élevage, une histoire croisée des Néolithiques. Cette recherche pourrait être le point de départ d’une réflexion à plus large échelle sur ce qui fonde le caractère inéluctable de l’adoption de l’agriculture et/ou de l’élevage à l’échelle du globe. Cela nous parait être un enjeu majeur de notre recherche, alors que partout dans le monde les modes de vie fondés sur la chasse et la collecte tendent à disparaître, basculant brutalement dans une économie agro-pastorale mondialisée, ultime aboutissement d’un mouvement initié il y a plus de 12 000 ans.

Axe 3 : Exploitation, transformation et gestion des ressources biologiques au Néolithique en régions tempérées

Appropriations et transformations des territoires, des écosystèmes et des organismes biologiques. Caractérisation des pratiques, estimation des conséquences environnementales et sociétales.

Nous avons assez largement évoqué plus haut les interrogations auxquelles nous étions confrontés concernant les transformations des derniers groupes de chasseur-cueilleurs face à la néolithisation. Les groupes porteurs du mode de vie néolithique ont également subi des transformations lors de leur expansion en Europe, dans leurs pratiques de l’élevage et de l’agriculture notamment qu’ils ont dû adapter à de nouvelles caractéristiques environnementales, et dans le développement de l’exploitation des formations boisées. Ce faisant, les groupes néolithiques ont eux-mêmes transformé l’environnement naturel dans lequel ils ont inséré leur système techno-économique. En effet, les pratiques agro-sylvo-pastorales, tout comme l’introduction de taxons exogènes que sont les animaux et plantes domestiques (voir axe1) ont eu un effet majeur autant qu’irréversible sur les environnements naturels européens. Par ailleurs, les organismes – plantes et animaux domestiques – importés ont dû être acclimatés aux environnements européens ; ils ont dû également être adaptés ou s’adapter aux besoins de la société néolithique, en pleine expansion. La caractérisation des pratiques agro-sylvo-pastorales néolithiques et l’évaluation de leurs conséquences sur les environnements naturels (évolution de la biodiversité, renouvellements de cortèges, transformation des organismes..) constitueront donc une thématique centrale de notre groupe pour le mandat à venir.

Caractérisation et évaluation des performances économiques des premiers systèmes de production agro-sylvo-pastoraux. Structurations géographiques et dynamiques d’évolution.

Il est possible d’évaluer assez finement les performances des systèmes agro-pastoraux néolithiques en termes de capacités de production, notamment celle des élevages, grâce à des outils en cours d’élaboration dans notre groupe. La compréhension des processus de sélection des animaux domestiques néolithiques et chalcolithiques en relation avec certaines productions (lait, laine) est également une voie que nous souhaitons développer en collaboration avec l’équipe de paléogénétique de l’ENS-Lyon.